Le projet du sous-marin



LA NAISSANCE D'UN PROJET

À l’été 2000, le sous-marin ONONDAGA, de la Défense Nationale Canadienne, est mis hors service. Louis Hébert, un ami du Site historique maritime de la Pointe-au-Père, lance à la blague : « Vous devriez aller le chercher et l’installer à Pointeau- Père. » Cette idée a fait son chemin dans la tête des membres de l’équipe de direction de l’organisme. Après quelques recherches, nous avons appris que l’ONONDAGA devait être installé près du futur Musée canadien de la Guerre, à Ottawa. Déjà à cette époque, une analyse de faisabilité avait été faite et démontrait que transporter le sous-marin à Ottawa était très, très coûteux et techniquement difficile. Il aurait, entre autres, fallu couper l’ONONDAGA en trois sections. À la suite de ce constat, un partenariat entre les deux organismes a été envisagé. Le Musée de la Guerre resterait propriétaire du navire, mais c’est le Site historique qui en assumerait la mise en valeur à Rimouski. Finalement, en 2003, le Musée de la Guerre abandonne ses droits sur le sous-marin ONONDAGA, qui s’est retrouvé sous la responsabilité du Centre de distribution des biens de la Couronne de Travaux publics Canada. 

Après une étude de faisabilité et une vérification d’intérêt auprès des divers organismes pouvant financer ce type de projet, le Site historique maritime de la Pointe-au-Père dépose une offre d’achat de 4 $ ! Pourquoi 4 $ ? Eh bien, le sous-marin ne pouvait tout simplement pas être donné et, chacun des quatre employés présents dans le bureau a décidé d’investir la faramineuse somme de 1 $. Un journal d’Halifax a alors titré : « Un sous-marin canadien acheté pour moins cher qu’un sous-marin de 6 pouces chez Subway. » Plus sérieusement, l’offre d’achat a été acceptée par Travaux publics le 12 octobre 2005 et la nouvelle fut annoncée officiellement, à Pointe-au-Père, lors d’une conférence de presse impliquant le commandant Larry M. Hickey, l'un des 33 commandants du navire. C’était le début d’une grande et difficile aventure.

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C’est bien beau d’acheter un sous-marin pour la modique somme de 4 $,mais il en coûte beaucoup plus cher de le remorquer d’Halifax à Rimouski, de l’installer sur le site de Pointe-au-Père et d’en faire le seul sous-marin musée au Canada. Le Site historique maritime de la Pointe-au-Père a donc amorcé la recherche de fonds pour amasser les 3 millions nécessaires à la réalisation de ce projet majeur pour toute la région de Rimouski !

De nombreuses embûches ont dû être traversées. La multiplication des élections tant au fédéral qu’au provincial, les contraintes liées à la réalisation d’une étude environnementale et la difficulté de convaincre les entreprises sollicitées à donner, pour une cause qui n’est pas liée à la santé ou à l’éducation, sont des obstacles qu’il a fallu franchir. Après de nombreux efforts et quelques cheveux blanc de plus, nous apprenons que l'un des principaux bailleurs de fonds pressentis prend enfin position ! Le 16 mai 2008, le ministre du Développement économique du Canada de l’époque, M. Jean-Pierre Blackburn, est venu annoncer, à Pointe-au-Père, que son ministère investirait la somme de 1,6 millions dans le projet. Le Gouvernement provincial n’a pas tardé à emboîter le pas. Enfin, les travaux pouvaient commencer à côté de l’ancien quai récemment consolidé.

Pendant ce temps, l’ONONDAGA, qui était encore amarré à Dartmouth, en face d’Halifax, avait été entretenu par la Défense Nationale afin qu’il ne souffre pas trop de cette longue période sans naviguer. À la suite de l’annonce officielle de M. Blackburn, une équipe du Site historique s’est rendue à Halifax afin de planifier le remorquage du sous-marin sur les 1 000 kilomètres qui le séparent de Rimouski. C’est à ce moment-là que la maison de production britannique« Windfall » a entamé le tournage d’un épisode de la série « Monster Moves », qui sera diffusé sur Discovery Channel.

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SergeGuay, directeur du Site historique, Jean-Pierre Blackburn, alors ministre du Développement économique du Canada, et Raymond-Marie Murray,représentant de la Ville de Rimouski,
lors de l’annonce du1 6 mai 2008

Comme toutes les étapes de ce projet, le remorquage fut compliqué. Il fut d’abord retardé de nombreuses fois, pour finalement débuter le 11 juillet… avec un câble qui cède dès le départ du port de Dartmouth. Par la suite, les conditions météo ont forcé un arrêt dans le détroit de Canso. L’ONONDAGA est finalement arrivé au quai de Rimouski le 17 juillet 2008, attendu par une foule nombreuse, mais surtout par l’équipe du Site historique, passablement excitée. Enfin ! le moment que nous attendions depuis près de huit ans !

L’étape suivante était de préparer le navire pour le remorquage de Rimouski à Pointe-au-Père, prévu pour le début du mois d’août. Et, évidemment, comme à toutes les fois où une étape importante de cette odyssée devait être franchie, cela ne se fit pas facilement. Il fallait combiner le remorquage avec une période de fortes marées, puisque le système de halage du sous-marin sur la terre ferme était conçu afin d’utiliser la force de l’eau pour réduire le poids du navire de 1 400 tonnes. Ce système fut élaboré par Donald Tremblay et Jacques Vaillancourt de l’entreprise Tramer. Le 31 juillet, une tempête de vent et de pluie d’une force peu commune s’est abattue sur la région, nous obligeant à retarder toute l’opération. Pour se donner un peu plus de jeu et augmenter les occasions où le remorquage pourrait se faire, le système de halage a été modifié afin de nous permettre d’utiliser des marées haute de 14 pieds au lieu d’attendre les trop rares marées de 15 pieds. La nouvelle cible était maintenant la fin du mois d’août.

Le 29 août, l’ONONDAGA quitte le quai de Rimouski, remorqué par l’Épinette II, de Verreault Navigation. En cours de route, un câble cède et donne plusieurs sueurs froides à l’équipe qui était à bord du sous-marin. Heureusement, avec une bonne dose de sang-froid et d’habileté, le remorquage reprend.

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C’est aussi une foule nombreuse qui attend le sous-marin à Pointe-au-Père. À son arrivée, le navire est temporairement ancré et apprêté à se positionner pour sortir de l’eau lors de la haute marée de la nuit. C’est un spectacle assez saisissant que de voir une masse de 1 400 tonnes sortir de l’eau, halée par des remorqueuses sur la terre ferme. Le navire a beau être imposant, il faut diriger toute l’opération avec une précision sans failles. Comme il arrive fréquemment dans notre coin de pays, un banc de brouillard s’installe et vient compliquer une opération déjà très délicate.

Les travaux ne peuvent durer très longtemps, puisque la marée redescend rapidement, et tout doit alors cesser. Le lendemain, c’est le même scénario. Trente-sept mètres ont été parcourus en deux nuits, soit à peu près le tiers de la distance totale. Au matin de la troisième journée, c’est la consternation : alors que tous se reposent après deux nuits mouvementées, le sous-marin se couche tout doucement sur son flanc. Seule la caméra de « Monster Moves », roulant en permanence, fut témoin du drame. Le problème s’est produit lorsque la brume est venue compliquer l’alignement du navire sur les chariots de la rampe de halage. Le sous-marin n’était pas tout à fait bien posé sur le cinquième et dernier chariot. Lorsque l’eau s’est retirée lors du recul de la marée, le poids du navire s’est mal réparti et c’est tout le système qui est devenu inefficace.

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Le temps presse, l’automne se pointe le bout du nez et, avec lui, la perspective de fortes marée hautes, mais aussi de tempêtes automnales ! La première chose à faire est de redresser le navire. Une tentative avorte à la mi-septembre, mais la décision de redresser le bateau est maintenue. Afin de s’assurer que la prochaine tentative sera la bonne, l’équipe fait appel à une cohorte de spécialistes qui proviennent de la Défense Nationale, de l’Institut maritime du Québec et de Verreault Navigation. Une nouvelle tentative est donc planifiée en début octobre. Malheureusement, elle se solde aussi par un échec. C’est maintenant l’hiver, qui devient une réalité. Il reste encore deux occasions de bonnes marées en octobre et novembre, mais l'hypothèse de retourner le sous-marin à Rimouski pour l’hiver est de plus en plus présente. Il faut maintenant penser à la sécurité du navire, à son hivernage qui ne peut se faire à Pointe-au- Père, mais, surtout, à la sécurité des hommes qui travaillent sur le chantier. Ces hommes ont été engagés pour quelques semaines et voilà maintenant des mois qu’ils travaillent dans des conditions difficiles. Il ne faudrait mettre la sécurité de personne en danger.

Cependant, même dans l’optique du retour à Rimouski, il faut redresser l’ONONDAGA.

Le travail acharné reprend et, à la mi-octobre, le navire est enfin redressé. L’Épinette II attend au large afin de tirer le sous-marin vers le large pour ensuite le remorquer à Rimouski. C’est une décision « crève-coeur » pour l’équipe, qui devra alors reporter l’ouverture du sous-marin à la saison 2010. Cependant, l’ONONDAGA, qui ne voulait pas quitter le fleuve, refuse maintenant de quitter Pointe-au-Père. Pendant l’opération, le câble qui relie le sous-marin au remorqueur cède et le navire se recouche sur son flanc, devant une foule abasourdie et profondément déçue. Il est difficile d’oublier les sentiments de frustration, d’impuissance et de déception vécus ce 17 octobre.

Le lendemain, à marée basse, on se rend évaluer l’ampleur de la catastrophe et... une surprise attend l’équipe. En tentant à plusieurs reprises de tirer l’ONONDAGA, le travail du remorqueur a quand même fait bouger le navire qui, en se couchant, s’est positionné sur le rail d’une manière qui rend tout ce qui était impossible la veille à nouveau réalisable ! Le bateau est de travers au-dessus de la rampe ; il serait donc pensable de le redresser, de le repositionner et de reprendre le halage mais, cette fois-ci, vers la terre ferme !

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Le compte à rebours reprend ! De nombreux travaux doivent être exécutés, sur le chantier passablement abîmé. Les chariots et les rails ont souffert de ces tentatives et il faut les réparer. Par la suite, ce qui nous pendait au bout du nez se concrétise. Le mauvais temps d’automne nous rattrape et les travaux sont rendus difficiles. Tout est prêt pour l’opération de redressement, mais de forts vents nous obligent à reporter l’opération. Finalement, ce n’est qu’à la fin du mois de novembre, après plusieurs embûches, que le halage peut se poursuivre. Le 30 novembre 2008, après trois journées mouvementées mais fructueuses, le sous-marin ONONDAGA est halé sur près de 30 mètres. 

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Enfin ! une victoire ! À la fin de la troisième journée, l'un des chariots qui porte le sous-marin sur le rail tombe à coté des rouleaux qui lui permettent d’avancer, mais reste tout de même sur le rail. À ce moment-là, même s’il manque quelques dizaines de mètres pour atteindre notre objectif, la décision est prise de ne plus rien tenter. Le sous-marin est dans une bonne posture : il est droit et ne demande qu’à ce qu’on le laisse un peu tranquille ! Il est donc beaucoup plus sécuritaire de le laisser là où il est et de modifier quelque peu les plans pour l’aménagement du site. Enfin, un point presque final est mis sur toute cette mémorable aventure.

C'est maintenant une tout autre histoire qui débute ! Encore beaucoup de pain sur la planche ! Et bientôt, les premiers visiteurs franchiront la passerelle qui les invite à découvrir le monde merveilleux de ce mystérieux navire !

À l’hiver, les travaux d'aménagement sont réalisés et ont peut enfin l'ouvrir au public le 13 juin 2009.

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UN PEU D'HISTOIRE

Très peu de gens le savent, mais le canada possède des sous-marins militaires depuis près de cent ans.

histoire.jpgCependant, c’est seulement dans le contexte de la Guerre froide que le Canada planifie de se doter d’une flotte permanente de sous-marins. Ce conflit qui divise le monde est marqué par une course intensive aux armements, qui pousse les pays à investir dans les technologies militaires et à acquérir de l’équipement offensif et défensif. Les sous-marins soviétiques viennent alors croiser près des eaux canadiennes, et le pays doit s’équiper pour se défendre.

C’est dans ce cadre que le Canada achète des Américains et met en service le GRILSE et le RAINBOW, en 1961 et 1968, respectivement. De plus, il commande la construction de trois sous-marins de la classe OBERON en Grande-Bretagne. Ils seront nommés l’OJIBWA, l’ONONDAGA et l’OKANAGAN, et leur port d’attache sera Halifax, en Nouvelle-Écosse.

Le NCSM ONONDAGA, construit à partir de 1964, est lancé le 25 septembre 1965 et mis en service le 22 juin 1967, pendant les célébrations du centenaire de la Confédération canadienne. L’ONONDAGA est le sous-marin canadien à avoir eu la plus longue carrière active de l’histoire de la Marine canadienne ; il a été en service pendant 33 ans. Il a parcouru en tout plus de 500 000 milles nautiques, soit plus de 23 fois le tour de la Terre, dont la moitié environ ont été parcourus sous la surface. Il a visité plus de 53 ports dans 12 pays différents et a été sous la gouverne de plus de 30 commandants au long de sa carrière. Une très grande partie de cette carrière s’est déroulée sous les auspices de l’OTAN (Organisation du Traité de l’Atlantique Nord).

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L’ONONDAGA, comme plusieurs navires canadiens pendant la Guerre froide, était utilisé pour faire des exercices en mer et des missions de reconnaissance. Les exercices de guerre pouvaient impliquer des dizaines de navires et d’avions militaires, à la fois, provenant de quatre ou cinq pays de l’OTAN. Les sous-marins devaient alors « détruire » leurs cibles et ne pas se faire détecter par les unités en surface.

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LES REFONTES MAJEURES

La carrière d’un sous-marin est très différente de celle d’un navire de surface. Un sous-marin demande beaucoup plus d’entretien, et l’ONONDAGA n’a pas fait exception à cette règle. En effet, il a passé plus de dix de ses trente-trois ans de vie active à subir des refontes et des travaux d’entretien importants à chacune de ses années de service. Un sous-marin est une machine extrêmement solide, mais complexe et sophistiquée. Il faut donc s’assurer périodiquement que toutes ses composantes sont en bon état et que sa structure l’est autant. La refonte majeure d’un sous-marin prend habituellement deux ans, pendant lesquels toutes ses pièces sont démontées, inspectées et souvent remplacées, puis réintégrées pendant la phase de reconstruction. C’est pendant ses trois refontes majeures que l’ONONDAGA a été le plus transformé.

UNE BELLE CARRIÈRE

Le NCSM ONONDAGA a été le dernier sous-marin canadien de la classe OBERON en service. Quant à ses jumeaux, l’OJIBWA et l’OKANAGAN, ils ont été retirés de la flotte en 1998.

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